Couloir Couturier à l’Aiguille Verte

Qui mieux que Benoît notre client peux raconter cette ascension. Son récit :

Mon neveu Eloi, à qui je faisais part de mon ascension, me fit la remarque suivante (je copie/colle son message reçu via WhatsApp !) : “Ouahou, la Verte !!! Enoooorme !! T un montagnard un vrai !! ”

Il ne disait pas cela pour me flatter ! En bon amateur d’alpinisme, il faisait référence à la célèbre citation de Gaston Rébuffat :

« Avant la Verte on est alpiniste, à la Verte on devient montagnard… »

 
En effet l’Aiguille Verte est probablement un des sommets du Mont Blanc qui fait le plus rêver les alpinistes. Aucune voie d’accès n’est aisée. Avec ses 4122m c’est le plus haut sommet entièrement français si l’on rattache le Mont Blanc du Tacul au reste du Mont Blanc. Au sommet s’offre à vous l’un des plus beaux panoramas du massif du Mont Blanc. Le Mont Blanc bien sûr, avec son arête de Peuterey, mais aussi la mythique face nord des Grandes Jorasses, le Cervin, les Aiguilles de Chamonix…
C’est une vaste montagne dont la première ascension fut réalisée assez tardivement, en 1865, par l’anglais Edward Whymper, par le couloir de neige situé en versant sud, qui porte maintenant son nom. C’est la voie la moins difficile, également utilisée à la descente.
L’idée initiale était de passer plusieurs jours à Chamonix pour réaliser quelques courses avec Fred, mon guide. La météo en décida autrement. Le créneau fut réduit à … un jour !
Dimanche je retrouve Fred à Chamonix. On fait les sacs et on prend du matériel pour avoir le choix dans l’ascension jusqu’au dernier moment. Deux options : le couloir Lagarde aux Droites, le couloir Couturier à la Verte.
Le 1er est plus technique. Arrivé au refuge d’Argentière (accès facile à ski grâce au téléphérique des Grands Montets) nous apprenons qu’au moins 3 autres cordées envisagent le couloir Lagarde aux Droites… C’est déjà beaucoup pour ce type de voie, très raide et engagée, où les risques sont accrus quand il y a du monde en même temps. Nous optons donc pour le couloir Couturier à la Verte.
Le Couturier est situé en versant Nord de l’Aiguille Verte. C’est un long toboggan de neige et de glace de plus de mille mètres de hauteur (l’équivalent de 3 tours Eiffel), dont l’inclinaison est comprise entre 50 et 60°.
Le refuge est presque complet. Beaucoup d’étrangers. Du coup nous sommes peu nombreux autour du poste de radio pour écouter les résultats du 1er tour des présidentielles avant d’aller nous coucher !
La nuit fut courte : départ 2h30 du matin du refuge. On commence par une descente à skis à la lumière de nos frontales pour rejoindre le bas de la face Nord de l’Aiguille Verte. Ensuite, nous mettons les peaux de phoques sous nos skis pour remonter à la rimaye, en louvoyant entre les crevasses et les séracs. Après 3 heures et demi d’approche, nous voici enfin à pied d’oeuvre, au départ du couloir. Le jour se lève. Nous mettons nos skis sur le sac, chaussons nos crampons et rattrapons une cordée partie plus tôt que nous du refuge. Nous nous élevons dans la pente, en bonnes conditions de neige. Après un passage en glace d’environ 40 mètres nous commençons à prendre de la hauteur. L’ambiance est vraiment extraordinaire dans cette face ! Plus nous progressons et plus la perspective vers le bas est saisissante. Techniquement ce n’est pas très difficile. Le plus dur c’est de rester concentré jusqu’au bout car le moindre faux pas et c’est la chute pour la cordée, probablement fatale.
J’étais en bonne forme physique mais pas acclimaté à l’altitude. Et vers 3700m je commence à en payer le prix. Mon rythme baisse et l’effort devient de plus en plus intense (on le voit bien sur l’une des photos !). Nous rejoignons la calotte sommitale et il reste encore 300m de dénivelé à gravir…Je suis dans le dur là ! Fred m’encourage. Petit moment insolite : un type seul arrive et nous dépose littéralement. On a l’impression qu’il est en train de faire sa promenade du dimanche ! C’est un gars du PGHM de Chamonix.
C’est finalement bien après lui que nous atteignons le sommet. Nous sommes seuls. Frissons de bonheur. L’émotion est forte. Et de courte durée. Au sommet, nous ne sommes qu’à la moitié de la course ! Il est 11h et nous ne sommes pas en avance sur l’horaire.
La descente de la Verte entretient sa réputation. C’est long et pas facile. Il ne faut pas tarder car elle se fait par le versant sud : cela veut dire qu’il prend le soleil très tôt, ce qui occasionne de fréquentes chutes de pierre si on l’emprunte trop tard dans la journée.
Du sommet nous rejoignons le haut du couloir Whymper par une fine et magnifique arête de neige. De là, direction le glacier de Talèfre que nous atteindrons après deux heures de descente en rappel (je n’ai pas compté mais il doit bien y en avoir une quinzaine…). C’est un mode de descente très pratique mais qui reste physique (il faut tirer la corde de 60m à chaque fois) et qui requiert de la concentration pour éviter l’accident (coincement de corde, mauvaise manipulation de l’assurage ou du descendeur). En bas du couloir nous chaussons nos skis et entamons la descente vers la mer de Glace. Jusqu’au refuge du Couvercle tout va bien. Au-delà, le faible enneigement de cette année rend la suite plus compliquée…Il faut trouver un cheminement entre les rochers, les zones où la neige a fondu totalement ou partiellement, et les quelques endroits encore suffisamment enneigés pour pouvoir y skier. Nous déchaussons les skis, marchons quelques mètres, puis rechaussons. Encore. Et encore. Nous sommes levés depuis plus de 12h maintenant et pour moi la fatigue commence à se faire cruellement sentir…
Enfin nous prenons pied sur le glacier de Leschaux puis la mer de Glace, et terminons notre session de ski tout terrain par quelques glissades sur de la glace vive, des flaques d’eau, de la neige très molle et collante pour enfin rejoindre le télécabine qui va nous remonter à la gare du petit train du Montenvers. Il était temps : un dernier effort pour monter les escaliers qui mènent du glacier au départ du télécabine et nous attrapons la dernière cabine puis le dernier train qui va nous redescendre à Chamonix ! (sinon c’était reparti pour près de 900 mètres de dénivelé supplémentaires de descente à pied, avec les skis sur le dos et en chaussures de ski…).
Il est 17h. Le train est bondé et nous reprenons peu à peu contact avec le monde d’en bas, les yeux encore pleins de la lumière des cimes.
Merci Fred pour cette balade qui restera sans doute l’un de mes plus beaux voyages en altitude  !
A la prochaine !
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