Et pendant ce temps là au soleil, les Agneaux, 3664 m.

Et pendant ce temps sur les versants ensoleillés…

Contacté à la dernière minute pour un week-end « découverte de l’alpinisme » par Julie, Thomas et Rémi, après avoir observé les conditions favorables de ce dernier mois, j’imagine pouvoir tenter « l’Agneau Noir ». Cet itinéraire coté « peu difficile », d’un dénivelé de 1150 m, n’est autre que la voie normale menant au sommet des Agneaux(3664 m), dans le massif des Écrins au dessus du Glacier Blanc.

Quelques incertitudes du moment restaient à lever : les vivres, le dodo, le matos, les horaires.
Quelques certitudes rendaient l’ascension jouable : cet été indien qui n’en finit pas ! La motivation générale des troupes !

Au menu  du jour 1
En entrée : préparatifs des sacs et des vivres samedi matin

En plat principal : montée au refuge du glacier blanc dont une partie reste ouverte en hiver avec de bons petits lits et une salle pour se faire la popotte…eh oui, sans gardien, il faut tout faire, tout monter, tout prévoir.

En dessert : un bon repas avec même : la bière, le vin…et le digestif ! Oui il y avait une savoyarde dans l’équipe, j’aurais dû m’en douter. Une très belle soirée suivie d’une courte nuit car… réveil annoncé pour 4 heures…

Jour 2 :
Il a fait du vent par rafales un peu toute la nuit. Je me suis levé à 1H30 pour aller voir. Le ciel était toujours aussi clair, les étoiles comme lavées scintillaient, c’était magnifique et malgré le vent, la journée s’annonçait bien. Petit déjeuner, un peu moins festif..eh oui on ne boit pas de vin au pti dèj et les esprits sont un peu plus embrumés.

Départ à 5h15 du refuge. Le vent est toujours aussi fort, je pense qu’on a quelques rafales qui avoisinent les 60 km/h.

Il fait nuit noire, pas même un faible éclairage d’une lune tardive et nous avançons aveuglés par ce vent qui transporte la neige…heureusement, une ancienne trace facilite quelque peu notre progression. Le vent qui forcit au fur et à mesure de notre marche nous oblige à faire une pause pour mettre les casques sous la moraine très sèche. Il y a tellement de bruit et notre visibilité est tellement réduite, je ne voudrais pas qu’une pierre délogée heurte l’un d’entre nous. S’alternent quelques passages de poudreuse, congère, neige dure et pierrier…mais nous n’avons pas besoin des crampons pour le moment…c’est très profitable. Au loin, nous apercevons des frontales sur la face Nord du Pic sans Nom où nous étions, avec Fred et Jo, il y a peu. Je me dis que lors de notre ouverture nous avions de bien meilleures conditions. Heureusement sinon nos 2 bivouacs auraient été très pénibles.(voir récit du Prestige des Écrins )

Le jour se lève doucement, le soleil automnal rasant, nous offre un horizon rougeoyant et colore peu à peu les faces. D’ici,  tous les sommets emblématiques des Hautes Alpes s’embrasent : Pelvoux, Pic sans Nom, Ailes Froides et notre Mont Blanc à nous : la Barre des Écrins et son Dôme voisin. C’est comme si le vent lui même, ému de tant de splendeur, se faisait oublier.

Nous arrivons au col de Monetier et chaussons les crampons, nous nous encordons pour prendre pied sur le glacier. Là encore une trace dure nous évite bien des peines car à 10 cm d’elle, la neige est fraiche et profonde. En peu de temps le col Tuckett est devant nous.

Thomas, à bout de force déclare forfait. C’est un moment très délicat car je dois décider de continuer ou d’arrêter là notre projet. Le vent s’est nettement calmé, il ne souffle plus que par intermittence, le température est bonne. Je décide donc de poursuivre, laissant notre Thomas sur un éperon rocheux, abrité de tout danger. Je lui donne ma doudoune, des vivres et de l’eau, assis sur son sac pour l’isoler du rocher froid, son téléphone portable allumé, et une couverture de survie pour le protéger d’avantage. J’évalue que le reste de notre ascension en aller retour ne lui laissera pas le temps d’avoir froid.

Nous poursuivons donc et grimpons très rapidement le col enneigé. Quelle chance, lui qui habituellement se grimpe par 3 longueurs en rocher sur sa droite. Nous rejoignons l’arête qui est très sèche donc très facile et entrecoupées de névés très confortables pour avancer encore plus vite. De nombreux becquets et quelques points de protections rajoutés nous permettent de grimper en corde tendue en toute sécurité. Quelques passages plus raides ça et là mais dans l’ensemble ce fil que nous suivons est évident et ludique…ça monte ça monte !
Le sommet est à nous, il est 10h30 !
360° de panorama, des Aiguilles d’Arves, au Mont Blanc, du Mont Blanc au Viso, au Pelvoux, à la Barre…quel bonheur et quelle récompense.

Nous partageons cette victoire, prenons quelques photos, Julie et Rémi s’abreuvent et se restaurent rapidement, il ne faut pas tarder car notre équipier est seul en bas, je ne veux pas qu’il ait froid.Nous redescendons et retrouvons Thomas, qui nous attend un peu impatient, mais de bonne humeur et prêt pour le retour.

Le vent a totalement disparu, nous reprenons nos traces, repassons le col et nous arrêtons pour manger sur un rocher au soleil. La neige a chauffé, nous pouvons donc couper à travers pentes en glissant sur les fesses, regagnant plus rapidement encore le refuge pour récupérer nos affaires laissées le matin même.

Joyeux et comblés nous reprenons, après quelques accolades, nos routes respectives, tout le monde a le sourire, y compris Thomas qui, serein, avait fait le bon choix.

La course était hier. Aujourd’hui, j’écris au soleil cette nouvelle pour le blog.

Je repense à cette course, à cet instant où du haut de l’Agneau Noir, j’ai pris ma minute à moi, ma minute de silence. J’ai pensé à tous ces évènements si terribles qui venaient de se produire et émis une haute prière d’amour et de paix au monde, quel qu’il soit.
Je crois que chacune de mes sorties en montagne me rappelle aux gens que j’aime, un sourire sur le cœur…celle-ci portait un autre message :
malgré cette profonde tristesse, je réalisais que nos quatre âmes étrangères jusqu’alors, s’étaient unies, soudées, pour atteindre cette cime, pour s’élever ensemble. Sans nous connaître nous venions de faire remporter l’amour sur la haine et la tristesse.

Ce sommet est ma bougie d’espoir pour toutes les personnes atteintes par ce drame. Puisse-t-elle dans son envol toucher plus d’âmes encore et atteindre même les plus convaincues.

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